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Par Charles COHEN, 18/01/2012
Le colloque Risque Pays organisé par Coface mi-janvier a fait un tour d'horizon des climats d'affaires dans le monde en 2012. Si le risque augmente dans certains pays d'Europe, les Bric affichent un environnement bien plus porteur en la matière, malgré quelques bémols.
Quel sera le climat des affaires en Europe du sud ou encore dans les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine), en 2012 ? Une vaste question qui fut l’objet du 16e Colloque Risque Pays organisé par Coface, la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur. Pour Yves Zlotowski, économiste en chef de Coface, « la hiérarchie des risques est aujourd’hui en pleine mutation. Et pour cause : le risque pays dans les Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) est désormais moins important que celui prévalant, entre autres, en Europe du Sud. »
Climats dégradés en Europe du Sud et de l’Est
En témoigne le déclassement d’un cran, à A4, de l'évaluation de l'Italie et de l'Espagne, l'une fragilisée par un endettement public massif, l'autre par l'endettement de son secteur privé. Ces deux grandes économies d'Europe du Sud subiront en outre une contraction de l'activité en 2012. Depuis le début de l'année 2011, Coface constate une montée d'environ 50 % des incidents de paiement des entreprises des deux pays. Sans oublier la Grèce qui s’embourbe dans la récession avec une évaluation pays déclassée en C et un environnement des affaires en A3.
En Europe de l’Est également, région très impactée par la crise, le risque pays progresse. En effet, les évaluations A2 de la République tchèque et de la Slovénie ainsi que l'évaluation A3 de la Slovaquie ont été mises sous surveillance négative. La Hongrie, qui fait face à une défiance accrue des investisseurs, a été déclassée en B. L'exposition au risque italien et la vulnérabilité de l'activité induite par un choc de change conduisent Coface à abaisser à B l'évaluation de la Croatie.
Face à une telle montée des risques en Europe, on comprend aisément pourquoi les achats dans les low cost countries sont à la hausse, notamment en Chine, riche de matières premières aux tarifs ultra-compétitifs. « En tant que client comme fournisseur, il devient plus opportun de développer notre business dans l’Empire du Milieu, a indiqué Jérôme Contamine, executive vice-président et CFO de Sanofi Aventis. Aussi, nous réfléchissons à un prochain redéploiement de nos usines de production, basées initialement en Europe du Sud, en Extrême-Orient, et ce, afin de booster nos investissements dans la région. »
Gare à la solvabilité des PME chinoises
Si le risque pays en Chine reste faible, Coface note toutefois des fragilités persistantes au niveau des collectivités locales chinoises, particulièrement endettées, et des PME. En effet, selon Coface, les PME chinoises sont à surveiller de près puisqu'elles doivent aujourd'hui faire face à plusieurs chocs : pressions salariales fortes, appréciation du yuan et problème d’accès au financement. Dans ces conditions, elles font de plus en plus appel au système informel de crédit qui applique des taux jusqu’à quatre fois plus élevés que ceux appliqués aux entreprises publiques ! Alors que les petites entreprises représentent 60 % de la richesse nationale et 66 % des licences de brevets, elles pourraient donc rapidement se retrouver en difficulté. Des défauts en chaîne constituant le risque principal.
En Inde également, une montée de l’endettement des entreprises privées est à noter couplé à un problème de gouvernance induit par des problèmes de corruption. Malgré ces lacunes subsistant en termes d’environnement des affaires, l’Inde affiche un risque pays relativement faible. « Nous importons beaucoup de produits du sous-continent indien, a rappelé le CFO de Sanofi Aventis. Nous avons même racheté une usine de production de vaccins à Hyderabad, une initiative qui n’aurait pu être déployée en Chine, par exemple, l’Inde étant pourvue d’un savoir faire bien plus conséquent sur nos marchés. »
Quel financement de l’innovation ?
Toutefois, les intervenants ont noté un manque de transparence global des Bric en matière de propriété intellectuelle. « De plus en plus de produits sont lancés de manière peu sûre même si la Chine fait plus de progrès en la matière comparativement à l’Inde ou le Brésil », a renchéri le CFO de Sanofi Aventis, en déplorant que l’innovation demeure essentiellement financée par l’Occident dont les entreprises supportent davantage le risque d’un tel investissement que leurs homologues des pays émergents.
À l’instar de l’Inde, le Brésil affiche un risque pays relativement faible. Ainsi, en 2011, le comportement de paiement des entreprises brésiliennes est resté en dessous de la moyenne mondiale. En revanche, les risques porteront davantage en 2012 sur le coût du financement des sociétés brésiliennes, l’endettement extérieur du secteur privé ayant augmenté ces dernières années. Quant à la Russie, elle reste le pays le plus risqué des Bric, malgré des ressources naturelles abondantes (problème de gouvernance, manque de fiabilité et de transparence des comptes des entreprises, etc.).
Risque politique accru dans les pays émergents
Enfin, parmi les risques à surveiller, Coface relève le grand retour du risque politique dans les pays émergents. Notamment en Afrique du nord et au Moyen-Orient, impactées par les révolutions arabes. Coface a d'ailleurs enregistré en 2011 plusieurs impayés au titre du risque politique. Ainsi, l'évaluation de l'Egypte, dont les finances publiques et les comptes extérieurs sont sous pression, a été déclassée en C en grande partie à cause des incertitudes majeures entourant le scénario politique en 2012. En Syrie, déclassée en D, la situation extrêmement tendue et les sanctions internationales auront des répercussions défavorables sur la croissance économique et les finances publiques. Coface a décidé de lever la surveillance positive de l'évaluation D du Nigéria. En effet, la gouvernance problématique reste un élément-clé du risque de non-paiement des entités du pays.
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Commentaires des lecteurs (1)
laulau - 26/01/2012
Compétitivité ou responsabilité sociale ?
Les décisions de certains grands patrons français tendent à accélérer les tendances évoquées, et renforcer les BRIC. Préfère-t-on rester dans ce cercle vicieux afin de privilégier la rentabilité à court terme, quitte à perdre à terme compétences et propriété intellectuelle ? La multiplication actuelle des plans sociaux et les rachats d'entreprises par des groupes souvent chinois montrent la limite de l'exercice, d'autant que ceux ci sont dotés maintenant de capacités de recherche et d'innovation non négligeables. Alors recherche de compétitivité oui, mais pour qui, jusqu'à quand, et quid de la responsabilité sociale ?
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