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La mode des bureaux assis-debout

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Les principaux fabricants de mobilier commercialisent des bureaux réglables en hauteur, encore appelés bureaux assis-debout. Bien que ce type de mobilier soit trois fois plus cher à l'achat, il pourrait être un remède contre les troubles musculo-squelettiques (TMS) qui gênent bon nombre d'agents et de contractuels.

@ Steelcase

Au Danemark, près de huit bureaux sur dix sont réglables en hauteur, selon Linak, un fabricant de vérins électriques. «Ce système, qui permet de travailler aussi bien assis que debout, au gré de son travail et de ses envies, pourrait paraître superflu. Pourtant, il est devenu la norme dans les pays Scandinaves», témoigne Laurent Prétrot, directeur marketing de Linak France. Ainsi, en Suède, plus de la moitié des bureaux (six sur dix exactement) sont également réglables en hauteur. Les entreprises et les collectivités françaises n'ont visiblement pas encore cédé à cette mode venue du froid. «La sphère publique est plus réceptive que le secteur privé, à l'exception peut-être des grands groupes où l'on trouve de plus en plus d'ergonomes, tempère Dorothée Guyet, de la direction marketing de Kinnarps, un fabricant suédois de mobilier de bureau. Mais il est vrai que la France a accumulé beaucoup de retard dans ce domaine.» Résultat, les plus grandes marques ne commercialisent en général qu'une seule gamme de mobilier dit «assis-debout»: Série T de Kinnarps, YoYo pour Steelcase, Hexagone chez Haworth, Sérénis pour Samas, la gamme Bastille de France Bureau... Les tarifs de ces bureaux, réglables en hauteur, sont trois à trois fois et demi plus chers que ceux des modèles d'entrée de gamme. Ce qui donne une fourchette de prix compris entre 900 et 1 050 euros HT l'unité.

Si les salariés et les agents ne sont pas encore sur le point de faire lever les tables, les fabricants se veulent néanmoins très optimistes. «A l'heure où l'on s'intéresse de plus en plus au bien-être des salariés et à leur santé, suite, notamment, à l'accroissement des troubles musculo-squelettiques (TMS), les organisations pourraient bien trouver dans le bureau réglable une solution à leurs problèmes», estime Laurent Prétrot. Le principal argument est lâché. Les TMS, qui touchent certains tissus du corps humain comme les muscles, les tendons ou les nerfs, sont considérés comme les pathologies les plus courantes dans la sphère professionnelle. Les symptômes sont bien connus et résultent de gestes répétitifs. Il s'agit le plus souvent de douleurs au poignet, à l'épaule ou au coude. La position assise et le travail sur ordinateur sont ainsi à l'origine de certains troubles, et notamment «le syndrome du canal carpien» qui comprime le nerf commandant les trois premiers doigts de la main. En France, les TMS représentent, selon la Cnam, près de 67 % des maladies professionnelles, ce qui représente plus de 20 000 cas par an. Le coût pour les entreprises et les collectivités est élevé: par exemple, la Caisse régionale d'assurance-maladie Pays de la Loire a estimé à 5 000 euros et plusieurs dizaines de jours d'arrêt le coût moyen résultant d'une douleur au poignet. Pour les fabricants de mobilier, la possibilité de travailler debout et non plus uniquement assis serait donc la solution pour limiter les risques de TMS.

Un guichet réglable en hauteur à la CDF de Loire-Atlantique

La CAF de Loire-Atlantique a souhaité s'équiper d'une banque d'accueil réglable en hauteur. «Nous nous sommes engagés, conformément à la loi, à favoriser l'accessibilité aux personnes handicapées au sein de notre établissement, à la fois pour le public mais aussi pour nos collègues handicapés, explique Jean-Jacques Le Blay, responsable de la gestion immobilière à la CAF de Loire-Atlantique. Sur les conseils de la médecine du travail, du CHSCT et d'un ergothérapeute, nous avons donc décidé d'équiper notre accueil d'un guichet et de meubles réglables en hauteur.» Après avoir recherché les entreprises susceptibles de répondre à son besoin, la CAF a finalement choisi de faire réaliser un meuble sur mesure, équipé de vérins électriques. «Nous tenions à conserverie même aspect en bois que le mobilier déjà en place», précise Jean-Jacques Le Blay. Pour la direction de la CAF, l'adaptation d'un poste de travail à des personnes handicapées n'a, en tout cas, rien d'un gadget. Celle-ci considère que faciliter l'accessibilité aux personnes handicapées est non seulement une obligation légale mais c'est surtout un devoir moral. Pour Jean-Jacques Le Blay, il existe ainsi une réelle demande sur ce marché. «On commence à en parler et les réponses des fabricants deviennent satisfaisantes», conclut-il. La CAF étudie, en effet, la possibilité d'équiper à l'avenir ses salles de réunions polyvalentes, même si rien n'est encore décidé.

Ne pas rester assis trop longtemps

D'après les ergothérapeutes, un être humain ne doit pas rester dans une position statique et assise prolongée. «D'un point de vue ergonomique, il n'existe pas de bonne position, intervient Julien Barthelat, ingénieur ergonomie au sein du Centre technique du bois et de l'ameublement (CTBA). Il est, en revanche, nécessaire de changer souvent de position, car il est néfaste de maintenir trop longtemps une position statique.» En effet, cela peut provoquer une baisse de l'irrigation sanguine et de l'oxygénation des muscles, d'où l'apparition de douleurs et de gênes. Les organismes de santé préconisent d'alterner entre deux et quatre positions par heure et de bouger toutes les 90 minutes environ. Travailler debout est donc une alternative à la position assise. Mais attention, ces phases de travail ne doivent pas excéder plus de vingt minutes.

Le CTBA a mené une étude sur I'utilisation des bureaux assis- debout dans l'univers du travail. Celle-ci a montré que les utilisateurs se servaient du réglage en fonction de leur morphologie «mais également spontanément pour varier leur posture, se félicite Julien Barthelat. Le plan de travail est majoritairement utilisé en position assise, mais également debout durant 14 % du temps de son activité professionnelle.» Pour le CTBA, il est surtout nécessaire d'adapter sa posture aux différentes tâches que l'on est amené à effectuer. «Dans cette perspective, il est important de disposer de réglages sur le mobilier utilisé, reprend Julien Barthelat. Si de nombreuses possibilités sont disponibles sur les sièges de bureau, on en trouve encore trop peu sur les plans de travail.» Selon l'organisme technique, la plage de réglage utile doit être comprise entre 70 et 105 centimètres pour couvrir tous les besoins des utilisateurs. Les fabricants de ce type de mobilier vantent ainsi les mérites des bureaux réglables en hauteur qui peuvent s'adapter aux morphologies de tous les collaborateurs de l'entreprise, sans qu'il soit besoin de changer de mobilier.

Dorothée Guyet, Kinnarps

«En France, on est toujours un peu réfractaire au changement et c'est vrai que l'on considère à tort ces bureaux comme un gadget.»

Une façon de travailler plus mobile

Le fonctionnement de ces bureaux réglables en hauteur est relativement simple. «L'apprentissage du système est rapide (une journée), ce qui est important pour ce type de fonction», note Julien Barthelat. Techniquement, il s'agit la plupart du temps de vérins électriques placés dans les colonnes qui supportent le plan de travail. Ils sont actionnés depuis une petite station de commandes, généralement située sous la table. Pour les modèles les plus évolués, l'utilisateur peut enregistrer les hauteurs, assise et debout, qui lui conviennent, de manière à les retrouver plus facilement lorsqu'il passe d'une position à l'autre. Pour autant, les bureaux réglables ne seraient- ils pas qu'un simple gadget? «Certainement pas, se défend Dorothée Guyet. Dans les pays Scandinaves, la pratique montre qu'ils sont très utilisés. En France, a priori, on est toujours un peu réfractaire au changement, et c'est vrai que l'on considère ces bureaux comme un gadget. Et pourtant, ils sont prônés par les ergonomes car ils permettent d'éviter des problèmes de santé.»

Pour les fabricants, ce type de mobilier optimise également la productivité des collaborateurs. «Si un bureau réglable en hauteur est efficace contre nos soucis physiques, il a aussi un effet bénéfique sur le mental, estime Laurent Prétrot. Car rompre avec une position assise permet de se détendre, d'être plus dynamique et d'évacuer le stress. Le taux de réactivité des salariés augmente également.» D'autre part, selon les fabricants, il apparaît que les bureaux assis-debout s'adaptent à une nouvelle façon de travailler, plus mobile. «Avec un poste de travail réglable en hauteur, l'individu est plus libre de ses mouvements et peut donc travailler plus efficacement, reprend Laurent Prétrot. Par exemple avec un téléphone portable, il se lève et bouge facilement autour de son poste de travail. S'il prend des notes, il aura besoin que son bureau soit à sa hauteur.»

Le discours marketing et commercial ne s'arrête pas là. Ces bureaux optimiseraient également le travail en équipe. «Autour d'un ordinateur, il est plus facile de travailler sur un écran si chaque collaborateur est debout, constate Laurent Prétrot. Les uns et les autres peuvent circuler plus facilement autour du bureau. Or, on sait que le travail en mouvement favorise la créativité et les échanges d'idées.» Peut-être les bureaux réglables en hauteur ont-ils été conçus debout!

Mot clés : travail

Sébastien de Boisfleury