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L'esthétisme et le design au service du mobilier urbain

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En l'espace d'une décennie, certaines villes ont totalement changé de visage. Du retour en force des tramways à l'arrivée récente des vélos en libre-service, le mobilier urbain en a été bouleversé. Plus design, moderne et convivial, mais aussi plus durable, celui-ci a redonné du caractère et une personnalité à ces communes.

@ Metalco

A un an des élections municipales, le petit monde du mobilier urbain se frotte les mains. Non seulement les grands projets lancés en début de mandature doivent impérativement être achevés, mais nombre d'élus ont également compris qu'un espace public esthétique, ergonome et convivial contribuait au bien-être des administrés et améliorait l'image de leur ville. Certains n'hésitent donc pas à mettre la main à la poche si près d'une telle échéance. Mais acheter du mobilier urbain est une tout autre affaire qu'il y a trente ans, époque où l'esthétisme, le design et le confort n'étaient pas la priorité. L'influence du mobilier urbain a, en effet, foncièrement évolué au cours des dernières années. Vincent Schaller, président de la société Sineu Graff fondée en 1970, le confirme: «Il est désormais un élément moteur de l'embellissement des villes et de l'amélioration du cadre de vie. Les habitants ont aujourd'hui des comportements d'appropriation de l'espace public et des modes de déplacement différents, mais également de nouvelles attentes en matière de qualité de vie.» Le développement de moyens de transports tels que le tramway ou les vélos en libre-service ont ainsi été un élément majeur de cette évolution. Cette plus grande exigence interdit toute erreur de casting.

Des chartes urbaines

 

L'aménagement d'une ville est désormais une affaire de spécialistes. Les élus l'ont bien compris et suivent de plus en plus les bons conseils d'architectes, urbanistes, fabricants et aménageurs de l'espace public. Cette collaboration aboutit généralement à l'évolution ou à la création de chartes urbaines qui redéfinissent l'esthétique d'ensemble de la ville. «Les achats des municipalités deviennent ainsi plus cohérents, affirme Vincent Schaller. Avant, il arrivait que chaque service achète séparément Les bancs, corbeilles et autres barrières sont désormais sélectionnés dans une même gamme. Les villes réfléchissent à la meilleure façon de mettre en valeur leur patrimoine et leur architecture.»

Vincent Schaller, Sineu Graff

«Le mobilier urbain est désormais un élément moteur de l'embellissement des villes.»

Des gammes plus homogènes et étendues

 

Les fabricants se sont mis au diapason en proposant dans leurs catalogues des gammes homogènes, de plus en plus étendues et variées. Les bancs, bornes, barrières, clous, potelets, poubelles, bacs à fleurs, fontaines, grilles et protections d'arbres, appuis et abris-vélos peuvent dorénavant être harmonisés. Cependant, Gilles Boudou, directeur de la société toulousaine Aréa, prévient que «les chartes, même si elles ne préconisent pas le patchwork, n'empêchent pas de faire appel à plusieurs fabricants, à condition toutefois que certains éléments indissociables, comme les bancs et les poubelles, soient coordonnés». Dans l'hypothèse d'une multiplicité de fournisseurs, les chartes prévoient, par exemple, que les teintes soient dans les mêmes tons. De son côté, Philippe Bourachot, gérant de Metalco Mobil Concepts, premier fabricant européen de mobilier urbain, regrette les choix encore trop conservateurs d'une grande partie des collectivités. «L'univers du mobilier urbain est difficile à faire évoluer, les produits basiques sont encore très répandus. Et puis, il y a encore beaucoup de bricolage, estime Philippe Bourachot. Pourtant, le mobilier contribue à l'embellissement des villes. Pourquoi dès lors retrouver partout la même chose? Certaines chartes mettent souvent trop longtemps à évoluer.» A défaut de pouvoir faire appel à des architectes, les élus peuvent au moins suivre l'avis des fabricants. Par exemple, la société Sineu Graff, en plus de son activité de concepteur de mobilier urbain, propose aux élus une démarche d'accompagnement en termes de marketing urbain et d'aménagement. Par ailleurs, acheter des produits design, esthétiques et conviviaux ne coûte pas systématiquement plus cher. «Aréa propose des produits design à des prix raisonnables, confirme Gilles Boudou. Mais les acheteurs ont l'impression, en les voyant sur catalogue, qu'ils sont chers...» Même son de cloche du côté de Metalco Mobil Concepts. «Nos articles, fabriqués en Italie, sont vendus à des prix inférieurs à ceux des pays émergents, avec un niveau de qualité bien supérieur, insiste Philippe Bourachot. Notre produit leader est le banc. Le moins cher coûte 350 euros, le plus cher 12 000 euros, pour une moyenne de 1 000 euros.»

Quand bien même les articles sont plus chers, les élus acquièrent également un mobilier durable. Certains fabricants ont fait le choix de garder l'ensemble de leur production en Europe. Question d'image et surtout de qualité. Pour couronner le tout, ils font appel à des designers de renom tels que le créateur de lignes automobiles Pininfarina pour Metalco. Cette méthode reste certainement la meilleure façon d'imaginer la ville de demain et de repenser l'esthétique urbaine. Certains vont jusqu'à parler de collection.

La volonté de tous est donc de rendre les villes plus agréables. «Sineu Graff propose des salons d'extérieur, associant fauteuils, sièges, bancs à deux ou trois places, méridiennes et tables basses, offrant de multiples solutions d'implantation et d'organisation de l'espace», détaille son président, Vincent Schaller. Un exemple parmi tant d'autres. Les personnes doivent se sentir à l'aise, se détendre et s'approprier l'espace qui leur est proposé. Pour cela, les fabricants planchent également sur les matériaux. «L'inox tient aujourd'hui la corde malgré la hausse des prix. Il ne rouille pas, ne nécessite pas de finition particulière et convient bien à l'aménagement extérieur, estime Gilles Boudou. Le béton est très apprécié des architectes ainsi que le bois, ce dernier étant soumis à un contrôle strict.» Le directeur d'Aréa fait allusion ici au label FSC (Forest Stewardship Council). Les bois exotiques ont tendance à disparaître des parvis et des places publiques, au grand regret de Philippe Bourachot. «Certaines villes ont banni les bois exotiques de leurs achats. Pourquoi les exclure alors que cela permet de faire vivre certains pays?», s'interroge le gérant de Metalco Mobil Concepts. Surtout que le label, s'il est bien respecté, est une garantie de respect du développement durable. Mais les acheteurs préfèrent désormais se tourner vers du bois européen, comme le frêne. Anecdotique. L'essentiel est ailleurs. Convivialité, esthétique, confort et design constituent donc les nouveaux critères du mobilier urbain. Tout un programme - électoral? - en perspective.

Philippe Bourachot, Metalco Mobil Concepts

«L'univers du mobilier urbain est difficile à faire évoluer, les produits basiques sont encore très répandus.»

Mot clés : ville

Damien Chalon