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L'éclairage public, gisement d'économies durables

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L'éclairage public est le premier poste de consommation d'électricité des communes. Or une grande partie du réseau français s'avère obsolète. Des systèmes plus modernes permettent pourtant de réduire fortement ce type de dépense.

Philips Eclairage, fabricant de matériel d'éclairage, estime à près de 35 millions le nombre de lampes dont la technologie remonte aux années soixante.

@ Philips Eclairage

Philips Eclairage, fabricant de matériel d'éclairage, estime à près de 35 millions le nombre de lampes dont la technologie remonte aux années soixante.

Après le remplacement de 115 points lumineux obsolètes par des lampes à iodure métallique de 35 W, la ville de Riquewihr (Haut-Rhin) a réduit sa consommation d'électricité en matière d'éclairage public de 78%, passant de 84 000 kWh à 18 000 kWh par an, tout en améliorant l'efficacité lumineuse. Dans la même veine, la municipalité de Candas (Somme), suite à un diagnostic de son éclairage public par EDF, vient de mettre en place un plan de modernisation qui, à terme, devrait lui permettre de réaliser 30% d'économies sur la consommation d'électricité de son réseau.

Sodium plutôt que mercure

Les exemples de ce type ne manquent pas. Pourtant, la situation est encore loin d'être assainie. Philips Eclairage, fabricant de matériel d'éclairage, estime à près de 35 millions le nombre de lampes dont la technologie remonte aux années soixante. «Les remplacer permettrait de réaliser d'importantes économies d'énergie, entre 600 et 700 millions d'euros par an, tout en diminuant les émissions de CO2 de 3,5 millions de tonnes par an«, évalue ce fabricant. Le syndicat de l'énergie, l'Association française de l'éclairage (AFE) et l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), dans un rapport baptisé»Eclairer juste»datant de 2003, dressent un constat identique:«Malgré les évolutions remarquées ces dernières années, l'équipement en éclairage des villes n'est pas toujours adapté aux besoins des usagers [...] Grâce aux produits disponibles, il est possible d'éclairer mieux en consommant moins». En quatre ans, la situation a certes légèrement évolué, mais le constat reste d'actualité. La technologie montrée du doigt est celle des lampes a vapeur de mercure, à l'efficacité lumineuse limitée et au rendement peu performant. Elles sont progressivement remplacées par des lampes à vapeur de sodium haute ou basse pression, qui permettent de réaliser jusqu'à 50 % d'économies. «D'énormes progrès ont été réalisés sur les rendements des lampes, assure François Florentin, directeur recherche et développement chez Thorn, acteur majeur de l'éclairage public. Une lampe à vapeur de sodium de 150 W est aujourd'hui aussi performante qu'une lampe à vapeur de mercure de 250 W. Et en plus, elle dure plus longtemps!» Les lampes à iodure métallique, les fluo compactes et les lampes à induction présentent également une efficacité énergétique performante. Couplées à des ballasts électroniques - appareils qui réduisent la consommation et augmentent la durée de vie des lampes en stabilisant la tension du réseau - elles affichent alors une efficacité optimale. «Mais ces appareils sont marginaux», prévient François Florentin. Ils permettent pourtant de réaliser entre 5% et 20% d'économies.

L'efficacité lumineuse n'est pas le seul fait des lampes. Les systèmes optiques (réflexion, réfraction, diffusion, diffraction, etc.) modernes contribuent à améliorer les performances photométriques de l'éclairage. Ceux des globes opaques, qui ont fleuri dans les années soixante-soixante- dix, sont le pire exemple qui soit, avec 35% de lumière perdue vers le haut et de fortes nuisances lumineuses pour les habitants. Le choix des mâts est également capital. Leur hauteur, leur bilan environnemental et énergétique doivent être analysés avec attention. Et l'esthétique ne peut évidemment être laissée de côté.

Gérer les consommations

Les avancées technologiques ne se limitent pas aux seules lampes, ballasts ou luminaires. La maîtrise de la lumière en est une autre. Les municipalités peuvent se doter de systèmes de gestion des consommations, leur permettant d'agir sur la durée d'allumage et la quantité de lumière nécessaire. Certaines lampes peuvent ainsi voir leur puissance réduite, sans que cela ne soit détectable à l'oeil nu. En revanche, l'AFE met en garde contre une idée reçue: éteindre une lampe sur deux. «On perd à la fois le niveau et l'uniformité de luminance indispensables pour assurer la sécurité des usagers. La solution qui permet de préserver cette sécurité et d'éclairer au juste niveau, c'est la variation du niveau d'éclairement par variation de puissance«, confirme cette organisation.

Toujours dans le domaine de la gestion à distance, des systèmes de télésurveillance et de télégestion permettent de transférer les informations de chaque point lumineux à un centre de contrôle, pour connaître les dysfonctionnements en temps réel. «Ces systèmes n'ont pas pour objectif de faire réaliser des économies d'énergie. Ils permettent surtout d'optimiser la maintenance du réseau», affirme François Florentin. Mais encore une fois, ces équipements sont encore peu répandus. Les rondes nocturnes des agents municipaux ne sont pas près de disparaître.

«De gros progrès ont été réalisés sur les rendements des lampes. » François Florentin, Thorn

Témoignage

«Nous avons réduit notre consommation d'énergie de 50%»
MICHEL GINET, directeur des services techniques, mairie de Bessancourt


En modernisant ses 900 points lumineux, la ville de Bessancourt (Val d'Oise) compte réaliser 5000 euros d'économies par an sur sa facture d'électricité, qui s'élevait à 38140 euros en 2005. «Pour une petite ville comme la nôtre, ce n'est pas une moindre somme!», s'exclame Michel Ginet, directeur des services techniques de la municipalité. En 2005, un appel d'offres de fourniture d'énergie a été lancé, comprenant, entre autres, le renouvellement du matériel. Cegelec, le prestataire retenu pour une période de huit ans (2006-2013 inclus), s'était vu confier deux missions principales: identifier les zones pas assez ou trop éclairées selon leur fonction et analyser l'ensemble du parc d'éclairage pour définir un programme de remplacement du matériel concerné. Après deux années de travaux, quelque 300 points lumineux ont d'ores et déjà été modernisés. Les anciennes et peu efficaces lampes à mercure ont été remplacées par des lampes à sodium basse tension. «La consommation d'énergie a ainsi baisse de 50%, les lampes de 150 watts ayant ete remplacées par des lampes de 100 watts, tout en maintenant ou augmentant l'efficacité de l'éclairage», assure Michel Ginet. Par exemple, l'éclairement moyen sur certaines avenues est passé de 20 lux (l'unité de mesure de l'éclairement lumineux) à 22. La ville de Bessancourt a ainsi pensé au confort de ses habitants : «Nous vivions dans la pénombre, y compris sur les grands axes, ce qui n'était guère rassurant», précise Michel Ginet. La municipalité a aussi opté pour des variateurs de tension, permettant de réduire l'intensité lumineuse de l'éclairage suivant des horaires programmés.