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«Réaliser des économies, sans pour autant nuire à la qualité des achats

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Le plan d'optimisation des achats, lancé par le ministre délégué au Budget et à la Réforme de l'Etat, est animé et coordonné par la Direction générale de la modernisation de l'Etat (DGME). Son directeur général, Frank Mordacq, revient sur cette action qui devrait générer entre 1,3 et 1,5 milliard d'euros d'économie sur trois ans.

Acheteurs publics: Quelle a été la genèse du plan d'optimisation des achats de l'Etat?

Frank Mordacq: Tout est parti du constat suivant: nous ne savions pas pour combien l'Etat achetait chaque année. Nous avions des indications pour certains ministères, mais il n'y avait jamais eu de bilan global. La démarche s'est organisée en deux temps: avant de lancer les audits achats en mai 2006, nous avons souhaité dans un premier temps réunir les acheteurs publics des différents ministères, afin de dresser un état des lieux et faire en sorte qu'ils puissent se connaître. Il n'y avait pas d'échange de bonnes pratiques, il fallait donc y remédier. Sont ensuite intervenus les audits de modernisation des achats de l'Etat, menés dans tous les ministères, avec l'aide de consultants extérieurs, qui ont permis de savoir qui achetait, comment et pour combien. Nous savons désormais que l'Etat achète pour 15 milliards d'euros chaque année.

AP: Une cartographie des achats en somme...

FM: Tout à fait, sur le montant, la nature et l'organisation des achats. Environ 400 personnes ont été rencontrées dans le cadre de ces audits. Près de 32 ateliers de travail ont été organisés pour définir les stratégies d'achats et estimer les gains potentiels. Ensuite, Jean-François Copé a réuni les acheteurs des ministères afin de présenter et surtout valider le plan d'optimisation, les segments retenus, les orientations... Et en octobre dernier, la stratégie d'ensemble a été dévoilée. Depuis, les actions se mettent progressivement en place au sein des ministères, ainsi qu'au niveau interministériel. Cette méthode a permis d'identifier entre 1,3 et 1,5 milliard d'euros d'économies potentielles sur trois ans. Les leviers traditionnels que sont la globalisation, la mutualisation et la pro- fessionnalisation vont progressivement être actionnés.

AP: Quel est l'objectif de ce plan?

FM: Il est double: améliorer le système d'information achats et réaliser des économies, sans pour autant dégrader la qualité. Les acheteurs vont se voir proposer des outils performants de recensement des besoins, ainsi que des catalogues électroniques. Le module achats, qui sera délivré par SAP dans le cadre d'un projet baptisé Chorus, permettra notamment une cartographie en temps réel. Et pour une meilleure gestion des dépenses, la professionnalisation de la fonction achats va être accentuée. D'ici fin 2007, ce sont près de 500 acheteurs qui seront formés par l'Institut de gestion publique et du développement économique (IGPDE) à la dimension économique de l'achat public. Nous allons également encourager l'harmonisation des besoins, la maîtrise des consommations et la mutualisation des commandes. Enfin, la carte d'achat va être développée.

AP: Et la DGME dans tout cela?

FM: L'ensemble du dispositif est animé par la DGME, avec la création de la mission interministérielle France achats (Mifa), présidée par Noël de Saint-Pulgent. Addition de ressources humaines de la DGME et de l'Aca (Agence centrale des achats du Minefi), la Mifa a pour rôle de coordonner les expérimentations, de piloter les actions d'optimisation et d'en mesurer les résultats. Des réunions sont régulièrement organisées avec l'ensemble des ministères afin de faire le point sur l'état d'avancement des actions et maintenir le dispositif "sous tension". Nous travaillons sur le mode de la concertation. Nous n'avons pas souhaité mettre en place un système centralisé des achats, comme cela se fait par exemple en Italie avec la Consip (bureau fédéral d'achats italien). L'objectif est de mieux travailler ensemble en accompagnant les ministères, en leur proposant une méthode de travail et des outils performants.

AP: Quelles sont les actions communes envisagées?

FM: Une dizaine de segments, d'un montant de 1,8 milliard d'euros, ont été identifiés comme pouvant faire l'objet d'une glo- balisation et d'une mutualisation: l'affranchissement, l'énergie, les fournitures de bureau, l'agencement des locaux, le mobilier, le nettoyage, les déplacements, le matériel informatique, les logiciels et les solutions d'impression. A chaque fois, nous identifions le ou les ministères porteurs, présentant la plus grande expertise dans ces différents domaines. Plusieurs expériences pilotes sont d'ores et déjà à un stade avancé. Les achats de papier vont notamment faire l'objet d'un seul marché, tout comme le carburant, où deux ministères, l'Intérieur et la Défense, achèteront pour tous les autres. Des actions relatives à la modernisation de la gestion du parc automobile de l'Etat ont également été initiées en 2005, avec un objectif de réduction de 20 % du coût de gestion annuel. En un an, le parc automobile a été réduit de 10 %. Les véhicules réformés sont vendus et les grosses cylindrées s'effacent au profit de petites voitures, des modèles «microurbains» (C1, Modus) moins polluants et surtout moins chers. L'ensemble des autres segments seront traités au cours de l'année. Quatre expérimentations visant à professionnaliser la fonction achats ont également été identifiées. Il s'agit de la mutualisation des pratiques, du dimensionnement et du développement RH de la filière achats, du suivi de la performance et de la simplification des processus.

AP: Le développement durable est-il pris en compte?

FM: Tout à fait. Le plan de modernisation a pris en compte les exigences liées au

développement durable, mais aussi à la responsabilité sociale. Cinq expérimentations (aménagement des locaux, nettoyage, matériel informatique, mobilier, fournitures et matériel de bureau) intègrent dans leurs travaux les préoccupations d'achats socialement responsables. Il s'agira d'inclure dans les cahiers des charges des clauses favorisant la candidature d'entreprises d'insertion et d'entreprises adaptées.

AP: Comment ces actions sont-elles perçues par les ministères?

FM: Optimiser les achats publics est une démarche essentielle pour moderniser la gestion des dépenses de l'Etat. Les ministères sont logiquement attentifs et demandeurs de telles actions. Surtout que la LOLF les responsabilise à ce niveau, ils ne vont donc pas s'opposer au redéploiement de crédits découlant d'économies réalisées sur les achats.

Son parcours

- Frank Mordacq est titulaire d'un DEA de droit public. Il est également diplômé de l'IEP Paris et de l'ENA. h 1 985: il est affecté à la direction du budget au ministère des Finances à sa sortie de l'ENA.


- 1990: il devient attaché financier à la Mission permanente de la France auprès des Nations Unies.


- 1992: il réintègre la direction du budget pour s'occuper successivement de deux secteurs, l'Industrie et l'Energie d'abord, les Transports et les Entreprises de transport ensuite.


- 1995: il occupe différents postes au sein de la direction du budget: chef de bureau, chef de service, puis adjoint au directeur.


- 2003: il est nommé à la tête de la nouvelle Direction de la réforme budgétaire (DRB) au Minefi.


- 2006: il devient directeur général de la DGME.

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Damien Chalon